Bordeaux - Saint James (été-automne 2009)

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DSCF8936 L'illustre hôtel restaurant bordelais "Le Saint James" a accueilli une magnifique exposition de Serge Labégorre au second semestre 2009.

Ce prestigieux cadre, plein de charme, fut d'ailleurs le théatre de la remise de la Légion d'Honneur au peintre, des mains de Jacques Valade, ancien ministre et ancien président de la Région Aquitaine, en présence des nombreux amis et de la famille de Serge Labégorre.

Serge LABÉGORRE - Peintures
Galerie du Saint James. Exposition permanente du 11 juin au 13 septembre 2011. 3 place Camille Hosteins - 33270 Bouliac.

 

Septembre 2009, Serge Labégorre est fait Chevalier de la Légion d'Honneur (promotion du Premier Ministre, au titre du patrimoine artistique et culturel français), par Jacques Valade, ancien ministre et ancien président de la Région Aquitaine, sur demande du député de Gironde Jean-Paul Garraud.


Discours de Serge Labégorre

"Monsieur le Ministre, Monsieur le Député, chers amis …Il y a 45 ans, mon galeriste anglais m’accueillait en ces termes :
« Vous êtes un heureux jeune homme, vous pouvez exercer votre art, le montrer, et comble de privilèges, vous êtes français. »
Pour lui qui avait étudié la peinture en France, Paris semblait peuplé d’artistes, d’écrivains, de musiciens, et d’hommes supérieurs venus dans la capitale la plus despotique du monde : la ville lumière.
A ses yeux, je bénéficiais visiblement  de son sillage.
Il est vrai que Paris continuait d’exercer sa fascination sur les jeunes peintres de province dont j’étais.
Aussi, vous comprendrez, monsieur le Ministre et monsieur le Député, que j’accueille aujourd’hui avec gratitude, cet honneur si français que vous me faîtes et qui soulignera désormais à mon revers, ma fierté d’appartenance, et m’encouragera à poursuivre ma déjà longue marche.
Etre peintre ne relève pas de l’héroïsme, l’héroïsme est toujours du côté du conjoint.
Le créateur est, lui, au-dedans de sa propre obsession.
Le secret désir d’être peintre vient de loin, et les choses semblent se courber devant ces désirs enfouis, au point que comme le dit Jean Giono : « Ce que nous semblons subir, nous l’appelons de toutes nos forces. »
Des dieux très généreux m’ont assigné dès ma naissance à des résidences provinciales vastes et soignées. La province, après la guerre, existait encore ; il en restait une lumière, une pénombre, des dégradés qui teintaient les vieux murs, une lenteur aussi, et des paysages que ne heurtaient pas encore les nécessités de la modernité.
J’y ai vécu jusqu’à l’âge d’homme, entouré d’une famille très aimante, partageant avec elle une vie large et facile.
Mais pour qu’une vocation prenne, il y faut des conditions facilitantes. J’en ai connu deux, essentielles: la première au collège de Libourne fut la rencontre d’un professeur de dessin de génie, Henri Charnay, passionné jusqu’à la véhémence. La deuxième, la survenue à l’âge de 15 ans d’une maladie grave, sans doute mais qui, en me mettant sur la touche, a fait de moi un captif très heureux qui allait enfin pouvoir étudier librement la seule discipline qui l’intéressait vraiment : la peinture.
J’avais pour cela des bibliothèques habillées large, à ma disposition, et beaucoup de visages à portraiturer autour de moi. Quand on commence la peinture, la seule finalité d’évidence est la représentation du monde la plus ressemblante possible. Je m’y suis tenu pendant ces onze années de ma captivité.
Puis des vents mauvais ont soufflé et m’ont convaincu de gagner mon pain. A mon tour, j’ai enseigné au lycée de Pau. J’ai connu cette déchirure du manque de temps pour pratiquer.
Un contrat miraculeux dans une galerie anglaise m’a rendu mon plein temps pour quelques années. La peinture où je m’enfonçais chaque jour, davantage, m’emmenait quelquefois dans des régions où je n’avais que faire, à des poursuites utopiques.
Ces va-et-vient incessants qui ne débouchaient pas, me laissaient découragé et si mécontent de moi que je montrais à contre-cœur. Le doute est un aiguillon qui attise la réflexion. Je savais bien que c’était l’humain qui m’intéressait, même si je m’en reposais parfois, en paysageant.
Mais mon entêtement à faire des portraits ne me satisfaisait plus ; ma fidélité aux traits d’un visage ne levait pas son mystère. Aussi ai-je tenté d’en décacheter un peu l’enveloppe, d’approcher un peu du lieu intérieur où l’être se retranche, de lire en somme dans le sensible de la chair les frémissements de l’âme, le grouillement des passions.  
La peinture, n’est pas que cérébrale. Certes, l’artiste pense avec des couleurs et des formes, mais il ne se coupe jamais de son corps réel, et s’il a un peu de sève, son corps pousse des profondeurs soufflantes jusqu’à des violences très pigmentées.
Il ne faut jamais perdre le contact avec cet immédiat de la création où s’abreuve l’existence même de la peinture.
Accéder au vrai passe par ce chemin, avant que le dernier regard ne s’épuise sur la définitive peau du tableau.
Mais j’arrête là ces confidences, témoignage d’une expérience : la mienne, car il est grand temps de manifester aussi ma reconnaissance à Chantal Meillan et Jean-Claude Borgel, propriétaires de ces beaux lieux qui m’abritent pour leur qualité d’accueil, leur grande générosité et leur constante attention.
Quant à vous tous, qui me témoignez votre amitié par votre présence, et je sais qu’il y en a qui viennent de loin, sachez que j’en suis très profondément touché et que je vous en remercie du fond du cœur."

 

Lu 2332 fois Dernière modification le dimanche, 10 mars 2013 18:00

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