Paris (automne hiver 2012)

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En 2012, Serge Labégorre a été présent à Paris en avril et mai, pour une exposition collective sur l'expressionnisme contemporain, galerie Schwab Beaubourg, 35 rue Quincampoix dans le 4ème.

Puis, la même galerie l'a exposé au Salon Art Elysées 2012, en septembre. Avant d'organiser une exposition personnelle du 15 novembre au 5 janvier 2013, 35 rue Quincampoix.

A cette occasion, le peintre bordelais fit la Une du magazine Azart (n°59 - novembre décembre 2012)

 

Un texte de 1993 de Gérard Xuriguera, grand critique d'art, a accompagné le catalogue de l'exposition.

RES DRAMATICA


Fronsac. Un vaste atelier, en enfilade. Des toiles à peine sèches, ou d’autres momentanément délaissées, alignées pêle-mêle. Quelques reproductions d’œuvres maîtresses au mur. Des objets hétéroclites sur un meuble.

C’est là que travaille Serge Labégorre, dans un isolement propice à la concentration.
Dans ce lieu circonscrit, il s’adonne depuis toujours, quelles que soient les hégémonies esthétiques dominantes, à la mise en situation de la condition de souffrance de l’être, à travers des corps et des visages foudroyés dans l’espace de la peinture.
Perçus comme des masques de chair dont nous sommes l’incarnation, ces facies contrefaits, au regard tour à tour craintif ou menaçant, et ces anatomies torturées ne cherchent évidemment pas à séduire, mais à rendre compte, sans dérive narrative, de l’angoisse de l’homme face aux turbulences du monde.
Labégorre empoigne donc le sentiment à vif, plus que la forme du sentiment, car c’est un artiste de tempérament, viscéralement rivé à l’homme « res dramatica ». Par conséquent, pour arracher la quintessence de ces portraits

austères et hiératiques, il ne s’attache pas à en fixer les configurations formelles, mais procède par des modifications et distorsions organiques, afin d’en détacher les forces directrices. De cet anéantissement des apparences, reconstruites par un geste ample et retenu jaillissent ces figures pathétiques, avec leurs visages barrés de traits noirs ou crayeux, de cicatrices inquiétantes, avec leurs corps hérissés de balafres, qui ne perdent rien de leur impact visuel, après tant d’outrages et d’altérations, mais au contraire, gagnent en intensité émotionnelle.
Cependant, si la surface du champ pictural se trouve affectée, sinon violemment commotionnée par les ressacs contrôlés d’une main déstabilisatrice, le référent, porté au paroxysme de son expressivité, conserve la même intériorité. Baigné d’un lourd silence, cueillis au premier jet, ces images desquamées dénudent inlassablement des éclats nocturnes et des pulsions secrètes au sein d’univers clos.

A égale distance du réel et de l’imaginaire, elles nous parlent tacitement du vice et de la vertu, de la vie et de la mort, en quelque sorte, de la pantomime tragique et dérisoire de l’existence.
Dans ces compositions sous-tendues par un trait régulateur, formes et couleurs échangent leurs pouvoirs au diapason de leurs opposés, dans une chaîne de sonorités, tantôt stridentes, tantôt assourdies.
Sans provocation indue, ni esprit de satyre, mais fervente et incarnée, on rapprochera davantage cette démarche de celle d’un Soutine que de celle d’un Dix, ou d’un Daumier, et si on devait obligatoirement la situer historiquement dans l’écheveau des tendances contemporaines, le label expressionniste, pourtant si galvaudé aujourd’hui, serait le terme le mieux adapté à cette vision désenchantée douloureusement éprouvée.
Hors des théories douteuses et des concepts essoufflés, voilà une œuvre forte et directe, exemplaire dans sa rectitude, qui nourrit le regard et l’esprit de sa fibre existentielle, en traçant inexorablement la part cachée

de l’homme.

Gérard Xuriguera. Paris, mars 1993.

Lu 2135 fois Dernière modification le vendredi, 08 mars 2013 16:50

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