La proie et l'ombre

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Ces visages dont je n'aurai pu lever le mystère, la pégnance de ces regards qui se posent sur moi, je les trace en prééminence sur la toile.

Il n'y a pas une seule peinture que j'ai signée, sans cette obsessionnelle présence de la figure humaine, de la haute silhouette d'un corps, né de la nuit à coups de sabre et qui saigne du dedans de moi.

Tout part du réel. Y a t-il d'autre trajet possible que d'installer le visible et de le basculer dans le gouffre où s'agitent tant de remous ?

Illimité est l'obscur ! Entre l'apparence du premier élan et la fulgurance des profondeurs qui l'aspirent, se glisse la vue et s'allonge l'oeil, jusqu'aux portes de la création.

Chaque jour, je creuse pour savoir à quoi ça ressemble d'être. La destinée de l'homme est habitée par son angoisse de mourir d'être né. La mort est son plus vieux souvenir ; elle tapisse l'arrière fond et l'entrelace de ces passions que Van Gogh qualifiait de terribles parce qu'elles incendient nos vies.

Le peintre est un mystique. La folie saisit son corps et remonte au jour tous ces possibles qui l'assaillent ; il explore ses trous d'ombre et danse sur le volcan.

Hanté par la plastique, son territoire est la peinture et là il est seul à légiférer.

C'est lui le meneur de jeu dont e moindre signe affleure. Il n'est là que pour accompagner ces hautaines présences dressées, ces effigies blessées.

La peinture est bouleversement, c'est un choc affectif, une solitude qui cherche d'autres solitudes. Et c'est quand le combat est fini, que chaque étape a été vécue pour s'annexer la forme, que reviennent nos claires raisons. Elles ne sont qu'un réconfort très passager de l'incertain constat de vérité débusquée, mais qu'on ne peut nommer."

(extrait du catalogue - exposition Honfleur 2010 - galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski)

Lu 2303 fois Dernière modification le jeudi, 14 mars 2013 12:02
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