jeudi, 07 mars 2013 11:23

Céline Edwards Vuillet - 2002

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La chapelle de la Sorbonne s'apprête à accueillir les oeuvres de Serge Labégorre. Les Parisiens vont pouvoir admirer le travail de ce peintre de la souffrance, l'un des rares Bordelais contemporains à avoir une notoriété internationale.

Un petit chemin qui serpente entre les vignes en pente douce du Fronsadais, un portail déglingué adossé à deux poteaux surmontés d'une pomme de pin, nous y sommes : d'aspect modeste côté rue, la tanière de Serge Labégorre est une jolie maison de pierres qui réserve bien des surprises. Premier choc, le séjour installé dans l'ancien cuvier, vaste pièce monacale dont les murs blancs sont animés de grandes toiles qui habillent l'espace. Derrière une porte en bois se trouve l'ancien chai dans lequel le peintre a installé son atelier. Un aimabke désordre, des tableaux partout, certains délaissés, des esquisses, une toile sur un chevalet. Le lieu est habité, on y sent une vie transmise par tous ces visages hiératiques qui nous fouillent, nous scrutent avec un regard où se mêlent douleur et sarcasme. Car Serge Labégorre ne fait pas dans la mièvrerie, il travaille dans la dramaturgie. Porte-drapeaux muets de la souffrance humaine, ses personnages semblent figés pour toujours, tels les Pompéiens offerts à l'éternité dans toute leur humanité.

Au départ, les choses ne furent pas faciles pour le jeune homme, fils d'un industriel libournais d'origine basco-béarnaise. Passionné de peinture grâce à un professeur de dessin éclectique et généreux qui lui a passé le virus, il satisfait l'injonction parentale "passe ton bac d'abord". Cette formalité accomplie, il poursuit le cursus classique du futur professeur de dessin qu'il sera au lycé Louis Barthou, à Pau, puis à Libourne jusqu'en 1968, mais à aucun moment il n'oublie ce qu'il appelle son "vice". Des galiéristes accrochent ses toiles, mais sa rencontre avec Henriette Bounin, directrice de la galerie du Fleuve, à Bordeaux, sera déterminante. Elle va le suivre pendant des années, lui fait rencontrer d'autres peintres, des collectionneurs, des professionnels qui vont s'intéresser à son travail.

Au début des années 1960, Labégorre fait partie des jeunes pousses de la peinture française. En 1968, cet homme qui n'a rien d'un gauchiste forcené fait sa révolution en abandonnant le confort de l'Education Nationale pour se conscacrer à la penture. Un coup de téléphone de David Goodman, galiériste implanté à Londres et Chchester l'a convaincu de sauter le pas. Il faut dire que la proposition est alléchante : représenter la jeune peinture française au Festival International de Chichester avec 65 toiles exposées.

Ce mécénat amical ne se démentira jamais, avec de nombreuses expositions de l'autre côté de la Manche, première étape vers une notoriété internationale. Ce n'est plus tout à fait la bohème, pas encore l'aisance, mais peu importe. Serge Labégorre peint pour répondre aux demandes de plus en plus nombreuses, sans jamais faire dans la facilité : " La peinture est par elle-même prostestation... dans son geste, sa marque, ses signes, sa turbulence. Son explosion est protestation.", dit-il à Bernard Pony dans le livre-interview qu'il lui consacre (Edition Castor Astral/CRL).

Tous les supports l'intéressent, la démesure ne lui fait pas peur : il crée même une fresque de 15m², en public, dans le métro Saint Augustin à Paris. Un excellent "coup" médiatique, puisque la télévision le filme en direct !

Valeur sûre de la Foire Internationale d'Art Contemporain (FI.A.C.) à laquelle il participe régulièrement, il deviet un habitué de la galerie Suillerot, à Paris(8è), tout en restant fidèle à sa région d'origine. Artiste invité du premier Festival de Saint Emilion, il recevra l'hommage de ses viticulteurs qui l'introniseront. Prophète en son pays, Labégorre expose à Lalande de Pomerol avec Reimpré et Célice en 1999. Un an plus tard, il est l'un des quatre artistes sélecitionnés pour habiller les monuments de Saint Emilion à l'occasion du 800ème anniversaire de la Jurade. Bordeaux reconnait son talent. La ville lui achète de nombreux tableaux. Plusieurs ouvrages dissèquent son oeuvre. "Homme assiégé" selon le critique Gérard Xuriguera, "Serge Labégorre ne se satisfait pas des données brutes du réel, car il sait que la réalité n'est pas dans l'apparence, mais dans ce qu'elle dissimule."

Les Américains s'intéressent à sa vision de la condition humaine, à ses portraits sans complaisance. Ils lui organisent un cycle de six expositions qui passent par New York, Chicago, Los Angeles, San Francisco... tandis que son socle parisien se renforce avec l'arrivée de Marie-Paule Vitoux qui lui ouvre sa galerie du Marais.

Aujourd'hui presque septuagénaire, Serge Labégorre entame le troisième millénaire avec toujours la même envie d'aller au devant de nouveaux publics. Sans doute sait-il, dans le fond de son âme, que son oeuvre est immortelle, mais peu importe : ce créateur ne souhaite pas s'endormir sur ses lauriers, il a besoin de se remettre en question, d'où son désir d'investir de nouveaux lieux.

Sublime et peu visitée, la chapelle de la Sorbonne est une écrin formidable pour mettre en vaeur des oeuvres qui sont un "hommage au créateur, à la transcendance", comme l'affirme l'artiste interrogé par Bernard Ponty.

Lu 4013 fois Dernière modification le dimanche, 07 avril 2013 17:35

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