vendredi, 01 mars 2013 20:09

Christian Noorbergen, critique, magazine Artension.

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" Labégorre, ou la fin des regards"
Les couleurs sont rares, en état de choc… L’insondable énigme de la face vient de percuter la frêle surface de la toile…
Aux abords interdits de l’essentiel, l’absolu est à découvert, et Labégorre, en première ligne, fait front. Hauteur hautaine qui prend la mesure du destin, et sait narguer du regard le rouge effaré de l’horreur illuminée.
Ses têtes sont convulsives et chaotiques, dures et terribles, mais plus fières et plus vives que les ténèbres qui les font naître. Ce sont faces à hauteur d’univers, fabuleuses effigies du fragile clan humain, dont les clartés charnelles éclairent avec peine le noir éventré du vide.

…/…
L’expressionnisme intemporel sait augmenter, lui, le taux de compression mentale. Le signe nie l’espace, et l’espace engloutit le signe. Art d’éveil, d’effroi et de combat. Expressionniste cruel, Labégorre est un transmetteur fulgurant qui n’illustre jamais. Il fait acte pictural et souverain de la vie brève, aux organes chaotiques vibrant d’art et de mort. Peinture autoritaire qui ne supporterait que les mots eux-mêmes peints…
Par l’évidence immédiate et crue de l’œuvre, l’artiste expressionniste vit le conflit sans le fuir, corrode l’art et violente ses culturelles virtualités. Il secoue la tension préservée de ce qu’il met en combat : l’insoutenable de l’existence contre quoi lutte toute culture. Labégorre peut sacrer ce qu’il peint, et mettre en charpie els doux dehors de la beauté, il sacrifie les belles illusions à chacune de ses créations. Et le rouge et le noir font la vie, très haute, dans les splendeurs tendues de sa grande peinture.
L’art creuse ainsi la fin des regards, et brûle en silence tous les masques de la mort. »

Lu 2450 fois Dernière modification le jeudi, 07 mars 2013 11:07

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