lundi, 04 mars 2013 11:32

Daniel Saunier - Sud Ouest années 1970 ou 80

Écrit par
Évaluer cet élément
(1 Vote)

Critiques de partout, différents en nous-mêmes, nous répétons depuis si longtemps avec une unanimité parfaite que Serge Labégorre est l'un des meilleurs peintres de son temps, qu'une simple annonce paraîtrait suffire à une nouvelle exposition de notre "International Libournais", ou tout au plus l'énoncé des toiles, pour que les amateurs aillent aux galeries : le nom de Labégorre est une certitude.

Or, Labégorre s'il nous a conquis, n'a pas fini de conquérir l'immense champ de la peinture. Certes, il l'avait soumis au joug de sa technique. Mais il creuse maintenant profondément cet humus où a germé tant d'art. Et le soc met à jour des richesses nouvelles.

Naguère encore - il y a peu -son oeuvre retenait par sa présence même, par sa solidité structurale. Elle enchantait, éclaboussée, par son étourdissante virtuosité. Aujourd'hui...

Il peint encore mieux, si possible, et avec encore plus d'audace. Mais moins que jamais cette bravoure n'est gratuite : au-dessus de tel nu étendu, tel à plat rouge témoigne, par son extraordinaire qualité, de la nécessité de pareils coups de patte.

Et cependant, là n'est pas l'essentiel. IL est ailleurs, au fond de cet humus que Labégorre creuse, où des filons entiers attendaient que son effort les révélât. Ils sont atteints : voici l'oeuvre nouvelle. Elle étreint. L'enchantement de jadis ne suffit plus, s'il n'a pas disparu : les toiles d'aujourd'hui nous interrogent, nosu qui interrogions.

Et nous voici inquiets, au sens éthymologique. Ces paysages et ces choses encadrant notre vie quotidienne, croisent une manière de regard avec notre regard, nous interpellent avec une sorte de voix qui fait taire la nôtre. Une pensée paraît en émaner, ou un amour, ou un reproche.

Et la couleur plus épurée de Labégorre (avec des "fuites" prodigieuses), et sa tendance de plus en plus manifeste à l'abstraction n'y sont pour rien, ou pour très peu, car elles sont des résultantes : cette pensée, ce regard, cette voix, cet amour n'existent et ne nous tirent de notre satisfaction quiète et niaise, ainsi traduits, que parce que le peintre a changé de spiritualité, de chair, de sang, de réflexion profonde cet humble environnement qui attendait qu'il brisât son silence et accordât le coeur de l'homme à ses neumes perdus.

Nous avions oublié cet accord et le plain-chant de Labégorre ne nous laisse pas tranquilles : mais de la ville et de la vie ne viennent plus de "paisibles rumeurs". ET ceux qui nous arrachent à nos fallacieuses certitudes, qui purifient notre regard et rompent notre surdité nous apportent un incomparable bienfait !

Lu 3137 fois Dernière modification le mercredi, 06 mars 2013 16:38

Laissez un commentaire