mercredi, 06 mars 2013 16:52

Martine Gasnier - 16 novembre 2010

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La peinture de Labégorre est entrée dans ma vie par effraction. Alors que je parcourais un peu distraitement une revue d'art, mon regard fut happé par un homme assis, terrible, se détachant sur un fond noir et rouge avec tant d'autorité que je ne pus lui échapper et entreprenais une recherche qui, avec l'aide de la fortune, me conduisit jusqu'à l'oeuvre d'un artiste devant lequel on s'incline.

C'est que, loin des discours fumeux sur l'art contemporain, ou ce qui lui sert parfois d'ersatz, nous sommes là confrontés à l'humain, corps et âme confondus. De leurs prunelles enténébrées, hommes et femmes nous fixent, impitoyables, pour nous entraîner dans leur nuit, peut-être ; pour nous rappeler le tragique de notre condition, toujours.

Et puis il a les nus, torturés, si loin de l'académique quiétude devant laquelle on passe, réssuré.

Labégorre nous donne à voir des êtres de souffrance en situation paroxysmiqu où l'horreur côtoie l'érotisme, éros et thanatos luttant pour triompher d'un corps que l'on sait vaincu d'avance par les pulsions qui l'assaillent. Que valent alors les apparences ? Pas grand chose.

Dans un autoportrait dérisoire, le peintre nous le rappelle à ses dépens. Cigarette à la main, le personnage voûté, portant tunique et foulard à pois, ressemble à un rescapé des délices de Katmandou.

En réalité, le modèle est un homme d'une grande élégance, de ceux que l'on rencontre plus souvent dans la littérature que dans la vie. Ce tableau résonne comme une mise en garde qui donne le frisson.

La force du propos, c'est à dire notre tragédie, réside en grande partie dans l'économie des couleurs utilisées ; rouge et noir occupent une place prépondérante et s'oppsoent en larges aplats définitifs. C'est le rouge évocateur du sang mais aussi de la religion, la série des papes nous le rappellent, face au noir du deuil et de la mort. Pour le joueur c'est aussi la mise hasardeuse sur l'une de ces deux couleurs qui déciderait finalement de sa destinée.

Labégorre, avec une lucidité terrifiante, ne nous parle que de nous-mêmes et le froid nous envahit. Cet hiver du coeur c'est aussi celui que nous traversons lorsque nous lisons Mauriac, cet autre grand Girondin dont le nom fut familier au futur peintre. Pourtant, au-delà de ce qu'il faut bien nommer effroi, lorsque nous revenons de ce bouleversant voyage accompli avec Labégorre pour guide, nous nous sentons étrangement plus forts, prêts à affronter notre condition, pitoyable et grande à la fois.

Lu 2173 fois Dernière modification le dimanche, 07 avril 2013 16:32

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